
● Lire mon article de juillet 2009 d'avant visionnage.
Cela faisait 6 mois que j'attendais la sortie de ce film, l'énième adaptation de The Picture of Dorian Gray d'Oscar Wilde écrit en 1891 (les deux autres réalisations d'Albert Lewin en 1945 et de Pierre Boutron en 1977 sont deux belles catastrophes) et j'ai enfin pu la voir hier soir. Je misais beaucoup dessus, j'attends avec impatience de voir comment Ben Barnes, qui a obtenu le rôle principal, allait s'en sortir. J'attendais aussi cette scène cruciale, lorsque le portrait nous est dévoilé à la fin, curieuse de voir comment Oliver Parker allait nous la présenter.
Je suis mitigée. Et si je ressens ceci, c'est tout simplement grâce à Ben Barnes. Car oui, je pense que nous avons notre Dorian Gray. Et pourtant j'avais peur, un type de 29 ans aux allures de jeune premier (vous me direz, c'est ce qu'il fallait comme atout) ayant joué le rôle du Prince Caspian dans le deuxième volet du Monde de Narnia ne m'annonçait que du recul et moult questions. Cet acteur est saisissant et il est incroyable de voir à quel point il sait manier les sentiments et les expressions, depuis le début avec encore sa naïveté d'enfant jusqu'à la fin, être à la fois diabolique et torturé par le mal qu'il inflige autour de lui. C'est Colin Firth qui joue le rôle de Lord Henry Wotton, le dandy aux nombreux épigrammes (je retiendrai toute ma vie, je crois, "If a man treats life artistically, his brain is his heart"), et je crois pouvoir dire qu'il s'en sort plutôt pas mal mais avec une pointe de déception toutefois : j'ai eu l'impression que l'acteur cherchait absolument à placer toutes les citations du Wotton de Wilde, chaque fois que l'occasion se présentait, ce qui me l'a présenté comme un être un tant soit peu caricatural. Dommage. Rachel Hurd-Wood dans le rôle de Sybil Vane était rudement bien trouvé parce que j'adore cette actrice depuis son premier rôle au cinéma dans Peter Pan de P.J. Hogan et après dans Le Parfum de Tom Tykwer. On ne la voit pas beaucoup mais j'ai été déçue de la raison de son suicide. Dans le livre, elle est répudiée par Dorian Gray parce que, selon lui, elle ne joue plus (au théâtre) de la même façon, alors que dans le film, ils ont plus ou moins une discussion animée : Sybil Vane s'attend à se marier et à avoir des enfants rapidement alors que ce n'est visiblement pas le souhait de Dorian Gray, d'où la cassure du couple. Je ne vois pas l'intérêt de changer les raisons de cette façon, tout comme toute l'histoire est très largement réinterprétée. Je n'ai pas du tout aimé le fait que le portrait soit vu si souvent et soit enduit d'effets spéciaux à la con (la bouche de Dorian qui gigote et qui suinte des cris bestiaux, j'appelle ça des effets spéciaux à la con) et alors que j'attendais avec impatience le moment où il est dévoilé (à la fin !) quand Dorian le lacère à coups de couteau, cette scène a perdu toute sa valeur à cause de la fréquence des visites de la pièce du grenier dans laquelle est enfermée la peinture. L'effet est moindre et ça ne sert à rien. Et même, de voir Wotton brûler le portrait avant même que Dorian se suicide à travers le portrait, c'était juste nul. Dorian est censé être seul face à l'immondice et la pourriture qui caractérisent son âme transfigurée dans le portrait.


Malgré le superbe jeu d'acteur de Ben Barnes, le film n'est donc, encore une fois, pas à la hauteur de ce chef d'oeuvre de la littérature gothique. Trop d'effets spéciaux pour une adaptation qui n'en méritait pas tant puisque le côté fantastique tient davantage de la suggestion que du "m'as-tu vu". J'ai lu The Picture of Dorian Gray en version originale car nous l'étudiions en anglais renforcé lorsque j'étais en terminale (j'étais d'ailleurs la seule de ma classe à l'avoir lu en anglais intégralement alors que les autres avaient tous un exemplaire en français en plus avec eux pendant les cours, loin de moi l'envie de m'auto-congratuler mais j'estime qu'il y a un minimum de savoir-vivre) et je me suis vraiment prise d'affection pour Oscar Wilde et son oeuvre, étant déjà fort intéressée par la littérature gothique (en amateur, certes, mais tout de même).
Patience, encore trente ans avant de découvrir une nouvelle adaptation...
Patience, encore trente ans avant de découvrir une nouvelle adaptation...









