La table était de ce vert champêtre qui empêcherait un putain de blanc initial de rendre aveugle n'importe quel être humain normalement constitué un jour de grand soleil. Le fond de l'air était pourtant frais et les épis de blé du champ environnant, tout en libérant leurs pollens à la con dans mes yeux sous conjonctivite évidente, se balançaient doucement sous la fine brise de ce début de soirée. Le ciel était légèrement nuageux et plus l'œil avançait vers l'horizon, plus le gris des nuages était soutenu, comme l'annonciation d'un orage estival proche propre à faire peur aux mômes. La table verte, quoique recouverte d'une nappe lie-de-vin, trônait au centre du patio à l'abri du vent. Entourée des hôtes et de leurs convives, elle accueillit les plats à tour de rôle. D'abord les ramequins contenant des gâteaux apéritif dans lesquels Baptiste et Martin laissaient leurs petites mains potelées sans vergogne, puis les saucisses cramées par le barbecue servant pour la première fois, enfin les légumes dont beaucoup ont repris deux fois, sauf moi parce que la mogette, ça craint du boudin. Le vin coulait à flot dans les verres des adultes pendant que les enfants savouraient un exquis jus de pêche mis en bouteille par le supermarché du coin. Nous étudiâmes la différence entre un poêle à bois et un poêle à granules, nous refîmes le monde mais surtout la France avec un débat sur les fraîches élections et la politique scandinave, nous parlâmes des enfants, de leurs facultés à parler distinctement ou non et à raconter des carabistouilles. La situation s'y prêtant alors, Karine m'a demandé si j'avais l'intention prochaine d'enfanter un alien bavant, suintant, braillant et me déchirant les entrailles basses pour ce faire, j'ai alors dit que je voulais volontiers mourir dix fois d'abord. Hélas, la pluie fit cesser ce doux moment et nous nous réfugiâmes au salon avec une bonne tasse de thé au litchi et à la poire issu de l'agriculture biologique. Nous évoquâmes quelques souvenirs nostalgiques avant de disposer, la fatigue pointant le bout de son nez crochu.

Bref, c'était le premier barbecue de l'année.

http://www.bloodylucy.com/images/BLOODYLUCY/work3/tumblrm1qjc24Kg91qbwvhpo1500.jpg

Dimanche 3 juin 2012 ● 2:06

Peloton d'exécution

Me tirer dessus !

Par maud96 le Dimanche 3 juin 2012 ● 9:48
Amusants ton texte et l'illustration dessous, au style presque "grand siècle", opposés à la "trivialité" et à l'humour avec laquelle tu narres ce "barbecue" contrarié par la météo.... Je crois lire un revenant de Mme de Sévigné !
Par Anna l'ananas le Dimanche 3 juin 2012 ● 10:55
http://www.youtube.com/watch?v=kHHMab71gE0

Quand on te posera la question à l'avenir, tu sauras quoi répondre.
Par Tote le Dimanche 3 juin 2012 ● 11:44
J'aime ton article. Moi j'ai mangé un barbecue chez ma tante, c'était beaucoup moins poétique.
Par fatreyu le Lundi 4 juin 2012 ● 16:15
J'ai vachement aimé le ton et l'écriture de ce texte, sache-le.
 

Me tirer dessus !









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