Il y a cinq mois,
souvenez-vous, l'amoureuse transie en détresse que j'étais se demandait où pouvait bien se trouver l'une des amours de sa vie et ça commençait sérieusement à m'inquiéter. J'ai bien fait de m'en faire puisqu'une fois l'été passé, j'apprenais la sortie du nouvel album de
KT Tunstall,
Tiger Suit, dans les semaines à venir. Mon hibernation tunstallienne a pris fin avec grand plaisir et non sans excitation. De quel type de bébé allait-elle accoucher cette fois-ci ?

Je crois que je me souviendrais toute ma vie de la première fois où je l'ai entendue. Ce fut une révélation, je suis toute de suite tombée amoureuse de sa musique, de sa voix, de son personnage, de ce qu'elle dégageait. C'était en 2005, j'avais 19 ans, je trainais nonchalamment sur mon ordinateur entre deux révisions pour le bac à la recherche de choses et d'autres sympathiques à écouter. Je suis tombée sur
Black Horse and the Cherry Tree en version acoustique, celle que KT Tunstall jouait seule avec sa
Gibson Dove et ce merveilleux outil qu'est la
pédale looper. Peu de temps après - voire au même moment, je ne me souviens plus très bien - la chanson passait à la radio dans sa version prévue à cet effet. J'ai attendu la sortie de son premier album
(en avril, je crois),
Eye to the Telescope avec grande impatience. Et puis je me suis jetée dessus. J'étais un peu navrée car, comme à chaque fois que je suis fan de quelqu'un je saoule tout mon entourage avec et, autant tout le monde connaissait Bon Jovi, autant c'était déjà plus compliqué avec KT Tunstall. Alors je ne pouvais partager ça avec personne. C'était sans compter sur ma copine Edwige qui a des goût musicaux qui se rapprochent des miens. C'est donc naturellement avec elle que je me suis rendue un an plus tard à son deuxième concert français à l'Olympia. C'était vachement bien, bien sûr.
Sur
Eye to the Telescope, dorénavant tout le monde connaît
Black Horse and the Cherry Tree et tous les abonnés d'Alice-ADSL l'ont détestée à mort s'ils ont été obligés d'avoir affaire à la hotline. Il y a aussi
Suddenly I See qui a été matraquée sur les radios et utilisée comme intro pour le film
Le diable s'habille en Prada. Cela dit,
Other Side of the World,
Under the Weather ou encore
Another Place to Fall sont aussi sorties en singles mais on les a beaucoup moins
(voire pas du tout) entendues en France. Avant que je ne prenne Bloody Lucy comme nom de domaine, il fallait taper minor-catastrophes.cowblog.fr dans la barre d'adresse pour arriver jusqu'ici
(enfin c'est encore possible, cela dit) et ce pseudo venait de la chanson
Miniature Disasters, toujours sur le même album, une chanson qui me correspond plutôt bien.
Eye to the Telescope était un album qui s'inscrivait dans une lignée acoustique et KT Tunstall a été comparée à des auteurs-compositeurs de la veine de Norah Jones et Katie Melua.

Oui mais voilà, la tranquillité, ça va bien un moment. Les gens ignorent que miss Tunstall
(enfin devrais-je plutôt Madame Bullen mais je ne suis pas là pour vous dire qu'elle s'est mariée l'année dernière avec son batteur, d'autant que vous vous en foutez et moi aussi, on est là pour parler musique, nom de dieu) a un potentiel rock assez étendu. Quand bien même, le jour où j'ai vu
sa première prestation à Taratata, j'ai carrément halluciné, c'était simplement magique. J'avais des étoiles plein les yeux, c'est comme si j'avais 5 ans et qu'on m'offrait la poupée de mes rêves. Et puis j'aime bien la touche qu'elle donne à ses covers, que ce soit pour
I Want You Back des Jackson 5 comme pour
My Sharona des Kinks.
En 2007, on dégaine les Gretsch en plus des Gibson folks et c'est
Drastic Fantastic qui sort, plus électrique et moins cocooning
(je passe sur la compile officiellement acoustique qu'elle a sortie en 2006, Acoustic Extravaganza, album que j'écoute le moins car il m'ennuie un tantinet, je l'avoue). C'est un album qui, à mon sens, est passé plutôt inaperçu en France comparé au premier. Je ne sais pas si c'est normal mais peu importe, au moins je suis tranquille : les radios diffusent peu ou pas les nouveaux morceaux, aucun risque de voir KT Tunstall se faire méchamment dénaturer. Le premier single s'appelle
Hold On mais cette chanson est loin d'être ma préférée de l'album. J'aime l'entrée en trombe avec
Little Favours mais le choix du coeur porte sur
Funny Man,
Saving My Face et sur la sublime montée en puissance de
Beauty of Uncertainty. Vous vous doutez bien que je suis retournée la voir en concert, avec Petrif cette fois-ci, au Casino de Paris. J'en parle d'ailleurs dans
cet article.

L'année 2009 et le début de celle-ci furent difficiles, j'avais besoin de nouveauté.
Tiger Suit est sorti le 27 septembre au Royaume-Uni mais seulement le 25 octobre en France. Petrif m'a fait un beau cadeau !
Cet album est, en beaucoup de points, différent des deux premiers. KT Tunstall a presque abandonné sa ferveur acoustique pour un son toujours rock agrémenté d'un soupçon d'électro sauce british - donc c'est forcément bien
(avez-vous oublié que je suis une fervente admiratrice du rock anglais ?). Entrons enfin dans le vif du sujet et ce n'est pas dommage diront ceux que le début de cet article aura profondément ennuyés
(je vous présenterai bien mes excuses mais je n'en ai pas envie, uh uh). KT s'est séparée d'une partie de son groupe : le guitariste Sam Lewis et le bassiste que j'affectionnais particulièrement Arnulf Lindner
(ma photo avec lui, ma plus grande réussite) ont été respectivement remplacés par Charlotte Hatherley
(girl power !) et Rej Ap Gwynedd, alors j'attends de voir même si ça m'attriste un peu.
Mon premier contact avec
Tiger Suit s'est effectué avec mon oeil torve sur une pochette qui ne me plaisait guère. Une KT Tunstall dans une posture fort simple, en noir et blanc, avec un grand espace libre sur le quart de l'illu', ça m'a un peu foutu les boules. En ouvrant l'album, on trouve un petit paragraphe que voici :
There's a tiger in the garden. I walk over, stroke it's head. It doesn't seem to mind. I go back inside, and only then find myself siezed by fear as I look from behind the safety of glass at what could have killed me.
Was I wearing armour ? Was I a tiger too ?
Quel mystère ! On pourrait se dire que ça y est, KT Tunstall s'est endormie avec
Lucy in the Sky with Diamonds tournant en boucle et s'est réveillée avec d'étranges idées. C'est vrai, depuis quand trouve-t-on des tigres dans les jardins écossais ?
Je suis Gémeaux donc je suis très curieuse par nature. J'ouvre les derniers battants de l'album
(je ne vous l'ai pas dit mais j'ai l'édition collector) et j'aperçois une grosse tête de tigre et une KT avec une tête de tigre sur le crâne crayonnés. Le titre,
Tiger Suit, prend tout son sens mais il n'explique toujours pas la simplicité du dessus de la pochette. Je remets ma compréhension à plus tard et j'écoute le disque.
Uummannaq Song démarre et me met tout de suite d'accord. Je frissonne puis me ressaisis et comprends la dimension ethnique de cet album. Je me rappelle avoir lu que pour leur lune de miel, KT Tunstall et Luke Bullen se sont baladés dans le grand nord, vers la banquise, les pingouins et les Inuits
(chacun son délire) et je me renseigne. Uummannaq est une ville du Groenland.
Hold your fire
I'm coming out and I'll tell you the truth
I was trying to raise my roof
[...]
I, oh well I could live in this town
Five cold years before I
Yes I could live in this town
Before I head for home
C'est une KT Tunstall apparemment marquée puisque quasiment toutes les chansons de cet album sont estampillées d'une forme ethnique, que ce soit au niveau des choeurs ou des percus. Ils sont incroyables et collent une ambiance qui, personnellement, me donnent envie de faire une danse de la pluie autour d'un quelconque feu de joie. Quel est le rapport avec le tigre, quand on sait que c'est un animal d'Asie ? Et pourquoi pas, vous répondrais-je, elle en a bien vu un dans son jardin alors pourquoi pas au Groenland.
Glamour Puss est une chanson faite pour être numéro deux. Ne me demandez pas pourquoi, dans mon esprit c'est comme ça. Il s'agit là d'une petite satire rigolote sur toutes ces nanas dont le titre vous évoque, j'en suis sûre, l'image adaptée.
J'avance dans le CD et j'entends
Push That Knot Away - voir
cet article - qui me rappelle un groupe que j'adore et qui se fait bien trop discret à mon goût, j'ai nommé The Music. A l'époque où ils ont sorti leur premier album éponyme en 2002, ils m'ont rendu complètement folle. C'étaient des gamins originaires de Leeds qui avaient un talent monstrueux et officiaient dans un rock très électro et saturé juste mortel
(je parle d'eux au passé mais ils ont encore une actualité, hein). Pour le coup,
Push That Knot Away m'offre une piqûre de rappel pour
Drastic Fantastic.
La quatrième piste s'appelle
Difficulty et c'est une ballade sans en être une. Je suis assez admirative du contraste que cette chanson offre à savoir dans la saturation des guitares qui s'interprète par une certaine oppression
(je parle toujours subjectivement) avec pourtant cette voix super aérienne que sait si bien faire KT Tunstall. Elle me donne l'image d'un oiseau enchaîné à un socle en béton mais qui arriverait tout de même à déployer ses ailes immenses.
Le morceau suivant,
Fade Like A Shadow, est le premier single sorti aux Etats-Unis. Elle me rappelle
If Only sur
Drastic Fantastic et ces deux-là me font le même effet qu'
Orange Crush de R.E.M. et que
Can't Buy Me Love des Beatles, ces chansons qui donnent la pêche et qui m'incitent à commencer ma journée par un ménage de printemps. Mais je n'en suis pas particulièrement fan, ce n'est pas le morceau que je vais écouter exprès. De plus, je le trouve un peu excentré de la lignée de l'album. Je me console en me disant que c'est pour plaire aux Américains
(je suis mauvaise !).
Arrive ma chanson préférée :
Lost. Je n'ai pas eu de coup de foudre immédiat mais plus je l'écoute et plus j'ai envie de l'écouter, cette chanson est viscéralement majestueuse. Les harmonies vocales de KT Tunstall me tue, je suis béate d'admiration tout en étant clouée sur place. En plus, c'est un morceau qui me parle vraiment, ce qui ne gâche rien. Et les choeurs restent formidables.
Pour
Golden Frames, KT Tunstall chante en duo avec
Seasick Steve, un vagabond bluesman californien, vieux pote de Janis Joplin. La couleur est donnée. Ces deux-là nous racontent une petite histoire lors d'une veillée-feu-de-camps et des percutions on ne peut plus ethniques alors ça me donne envie d'écouter bien sagement quelques légendes sympas. The tiger is back...
It was the middle of the night
When she found there was something
On her mind
[...]
Emanating from the doorframe
Was a hum that grew into a roar
Followed by the light
Followed by the light
Followed by the terrible light
In my life I've never seen
Anything quite like it
And I've been around for years
With the eyes of a bird, me
And the nose of a fox, me
I'm prepared, but I'm scared
It's coming for me
Avec
Hold On sur
Drastic Fantastic, j'imagine fortement
Come On, Get In dans mes oreilles si je dois choper un bus qui démarre sans moi. Cela dit, celle-là est plus instrumentée et les choeurs plus fournis, ce qui donne une consistance au morceau qui manque cruellement à
Hold On à mon sens. D'ailleurs, je pense qu'elle doit déchirer avec la Wee Bastard
(pédale suscitée) habituelle.
(Still A) Weirdo est le premier single sorti en Europe. Il est à l'image de la KT Tunstall des débuts, c'est le morceau acoustique et tranquilou de l'album. Histoire de ne pas se fâcher avec tout le monde... J'aime bien cette chanson mais sans plus, je l'écouterai volontiers avec du made in
Eye to the Telescope car le reste de
Tiger Suit me transcende trop pour me laisser avoir avec cette incitation à rester au chaud pelotonnée dans son chesterfield. Cependant, ce morceau permet de faire redescendre la pression, d'autant qu'après celui-ci vient...
...
Madame Trudeaux, modèle british rock par excellence. Nous avons toujours des choeurs sortis d'on ne sait quelle plaine envahie par des peuples nomades, amenant un paradoxe pas dégueulasse. KT Tunstall is a Scottish woman with a the heart of a tiger, que voulez-vous que je vous dise de plus : qu'on sature de nouveau et se soixantedixfie avec grand plaisir ? Et bien oui.
On termine l'album avec
The Entertainer, morceau d'apparence plus instrumenté de l'album mais c'est un leurre car c'est en fait
Lost qui est affublé d'un véritable orchestre. Alors je ne sais pas, c'est peut-être à cause du piano ou de l'unique réapparition magique d'Arnie Lindner pour l'enregistrement de cette chanson. Avec cette jolie fin, je pense que KT Tunstall met tout le monde d'accord
(ça fait plusieurs fois que je dis ça, en fait je suis à court d'expressions idiomatiques) et le thème aérien se répète ici. C'est beau, en fait.
Bon. Troisième album et les moyens sont là, il n'y a plus rien de cheap et tous les morceaux sont très travaillés. Je trouve KT Tunstall vraiment très créative. Cela dit, je comprendrais que
Tiger Suit déçoivent des gens parce qu'il est tellement différent du reste ! Quelqu'un qui a aimé
Eye to the Telescope n'aimera pas forcément
Tiger Suit, peut-être plus les fans de
Drastic Fantastic. En ce qui me concerne, j'adhère à l'évolution et c'est ce qu'on recherche chez un artiste, enfin je pense. Je trouve plutôt rassurant le fait qu'un nouvel album soit différent du reste, pas vous ? En plus, KT Tunstall a là une voix qui me laisse sans la mienne. Vous savez ce que j'aime vraiment chez elle ? Ses chansons ne racontent pas d'histoires d'amour bidons à la I love you but you don't love me so I'm sad and I need you so come with me to see rainbows and catch butterflies, lalilalou. Si je chiale en écoutant KT Tunstall, c'est parce que le texte a de la valeur, que l'instrumentation me transcende et que sa voix me transporte. C'est ce que je demande à un artiste. En plus, pour l'avoir rencontrée
(eeeeet ouais, mon exemplaire de Eye to the Telescope porte encore les stigmates de ce fabuleux moment), je peux vous dire qu'elle est hyper sympa et que ce n'est pas tous les jours qu'un artiste de cette envergure consacre deux heures de son temps après un concert pour signer des autographes et prendre des photos avec tous les fans qui attendent dehors.
Du coup, ça m'a donné envie de jeter un nouveau coup d'oeil à la pochette. Je pense alors qu'elle ne porte pas un pull rayé par hasard et que sa sobriété contrebalance avec sa musique, j'ai donc envie de dire qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Et puis ce quart de vide en bas à gauche me servira pour une prochaine dédicace, peut-être le 16 mars prochain à la Cigale, who knows ?