
Vieille salope de guenon.
Je fais partie de ces gens qui portent un prénom difficile. Je ne m'appelle ni Huguette, ni Germaine, ni Marie-Edwige (désolée, je viens de voir Le petit Nicolas), mon prénom est en apparence très commun et surtout courant chez des jeunes femmes de mon âge même s'il était davantage populaire au début du siècle dernier. Pour être honnête, j'adore mon prénom. Mais depuis pas très longtemps. Cette idée de mes chers parents a pourri toutes mes années à l'école primaire à cause de la merveilleuse illumination de ces connards d'archéologues qui écoutaient les Beatles à la radio lorsqu'il ont découvert cette connasse d'australopithèque. On ne m'appelait donc plus Lucie mais "le singe" ce qui a accéléré un certain processus de déshumanisation, malgré L'origine des espèces. Bref, tout ça pour dire qu'une de mes lectrices, Lisa, a posté sur sa page Facebook une chanson de Juliette, Lucy, extraite de l'album Assassins sans couteaux. Vous savez, des chansons sur ce prénom, il y en a pléthore : Lucy In The Sky With Diamonds des Beatles, Lucie de Pascal Obispo, Lucie de Daniel Balavoine, les frères Hanson aussi ont chanté Lucy, sans compter sur ces gros nazes d'Alliage (j'étais pile en CM2, merci bien), allez savoir si je n'en oublie pas. Je vous passe les accès de honte et les moult quolibets qui continuent encore aujourd'hui mais maintenant ça va, je suis une grande fille, je ne peux rien faire d'autre qu'assumer. Alors j'ai décidé d'aimer mon prénom. Pour en revenir à Juliette, sa chanson est extraordinaire et m'aide à dédramatiser. Elle est extrêmement bien écrite et bien amenée et je suis contente que ce soit une artiste (une vraie) comme Juliette qui puisse manier ces mots. Que voici d'ailleurs, il n'y a pas de raison que vous n'en profitiez pas.
Ma fille Lucy
Me donne bien du souci,
Un peu bipède, un peu bimane,
Super hypertrophiée du crâne.
Elle refuse de grimper aux branches.
Elle a pas de poils, elle est toute blanche
Pis elle a de drôles de manières,
Debout sur ses pattes de derrière.
Foi d'animal, c'est pas normal
De se tenir à la verticale.
C'est pas logique, c'est pas joli.
C'est pas pratique, c'est malpoli.
Ce qui manque à mademoiselle,
C'est l'autorité paternelle.
Son père, son père, n'en parlons plus:
Y'a longtemps que j'ai fait une croix dessus.
Y m'avait dit: "Bouge pas, attends.
Je n'en n'ai pas pour bien longtemps.
Je vais au mammouth et je reviens."
Et depuis ce jour là, plus rien.
Ma fille Lucy
Me donne bien du souci.
Il faut que je fasse bien attention
A surveiller ses relations.
Avec son cousin elle fricote.
Y font que traîner dans les grottes.
Ils s'amusent avec la peinture
A faire des dessins sur les murs
Mais partout où ils sont passés,
Je les oblige à tout effacer.
Une caverne, on doit la laisser
Dans l'état où on l'a trouvée
Et ce cousin, moi, il m'inquiète:
Lui aussi, il a une grosse tête.
Quand il la prend entre ses pattes,
Que dubitatif, y se la gratte,
Il reste inactif accroupi.
Alors, il dit qu'il réfléchit.
Y voudrait que sa vie ait un sens.
Môssieu cogite, Môssieu pense!
Elle est jolie,
La jeunesse d'aujourd'hui.
A part barbouiller les parois,
Ça veut rien faire de ses vingt doigts.
Ils trouvent qu'un coït trop furtif,
C'est dépassé, c'est primitif.
Ils parlent de préliminaires.
Les voilà allongés par terre,
Assis, de dos, en suspension.
J'ai compté trente-deux positions.
En voilà des acrobaties,
Tout ça pour nous faire un petit.
Je risque d'être la grand-mère
D'un factieux révolutionnaire,
Un singe savant, un surdoué.
Ça serait pas prudent de le garder.
Pas de sapiens, pas d'erectus.
Tuons dans l'oeuf le processus.
Pour nos générations futures,
Il faut préserver la nature.
Ma fille Lucy
Me fait des facéties.
Elle joue les apprenties sorcières
Et prétend qu'il faut changer d'ère.
Je la freine dans ses expériences,
Histoire de lui faire prendre conscience
Que, si on n'arrête pas le progrès,
Ça risque de dégénérer.
Je suis son comité d'éthique
Paléo-déontologique,
La sagesse réactionnaire
Centriste du quaternaire.
J'assure la pérennité
De notre subhumanité.
Si je ne veille pas au grain,
L'Apocalypse est pour demain.
Aussi vrai que la terre est plate,
L'avenir est à quatre pattes.
On maîtrisera le feu des volcans
Quand les poule s n'auront plus de dents.
D'un coup précis,
J'ai trucidé Lucy.
J'en aurai bien fait un gueule ton
Mais j'ai peur de l'indigestion.
A mon avis,
C'est pas de main l'autopsie.
Son cadavre, où je l'ai planqué,
On n'est pas près de le retrouver.
Je vais vous dire, ma future fille a bien de la chance que je m'appelle Lucie sinon c'est elle qui aurait trinqué puisque je l'aurais appelée comme ça. Et toc.






Alors entre celle qu'on a envie d'égorger quand elle chante (et on m'en a chanté des chansons d'elle !) et l'autre et son bonnet D, on peut dire que j'étais servie de m'appeler Lara en pleine période de l'adolescence.
Sans compter que pendant toute mon enfance, ce n'était visiblement pas un prénom très commun résultat on m'a appelé Clara toute ma scolarité.
Didju.
(on me fait aussi le coup du Docteur Jivago, mais cette fois c'est justifié, vu que ma mère a eu un coup de coeur pour ce prénom grâce au dit film. Mais bon, c'est une autre génération. Plus axée nostalgie que moquerie !).
Allez, je compatis ! (pas l'occasion d'écouter la musique, le ferait plus tard !)
A.L