Mardi 9 mars 2010 ♠ 9:20

Espoir pour Haïti... ah bon ?

Il y a quelque chose qui me chagrine. Voici la cause de mon scepticisme et je vous invite fortement à regarder cette vidéo si vous ne l'avez pas vue, au mépris même de vos oreilles, s'il vous plaît :


J'avoue, j'ai commencé à regarder sans faire de mauvais esprit. J'ai poussé le vice jusqu'à trouver les paroles intéressantes et même davantage que d'autres chansons engagées et puis je me suis vite ravisée. C'est bien de récolter des fonds et puis le faire en musique permet de rassembler les genres, je pensais même que ces chanteurs-là allaient faire la différence parce qu'ils semblent plus honnêtes et surtout plus concernés mais je serais presque déçue. Dans ce clip, pléthore d'acteurs et d'animateurs TV qui miment la tristesse dans le fond de leur canapé et certains même nous font rouler une grosse larme de crocodile. Les pauvres, on les plaindrait presque. Alors oui, c'est vrai, comme le dit la chanson "Les espoirs peuvent bien s'écrouler, Et le sang continuer à couler, Devant nos télés, pour se justifier, Tout ce qu'on sait dire c'est nous sommes désolés" mais là, permettez-moi de dire que la dénonciation est ratée. Il valait peut-être mieux ne pas faire de clip.

Peloton d'exécution

Me tirer dessus !

Par Jiminy le Mardi 9 mars 2010 ♠ 9:39
Pis ils sont désolés pour quoi ? C'est la faute de personne, faut être réaliste, une catastrophe naturelle, ça reste du domaine de l'imprévisible, malgré les avancées technologiques dans la prévision...
Au pire, on se sert les coudes, mais chanter qu'on est désolé, et surtout, comme tu l'as dit, avec un tel détachement, une distance pareille, ça fausse le message.

Chanter au milieu des ruines qu'on est désolé de pas avoir soutenu Haïti pendant des années, ça aurait rendu le message fort et crédible.
Par Lucy-Westenra le Mardi 9 mars 2010 ♠ 9:43
Justement, je crois qu'il faut voir plus loin que le séisme, "on" est désolé de n'avoir rien fait pour aider Haïti avant que tout le monde ne disparaisse au creux de la planète.
Par Satyrikkk le Mardi 9 mars 2010 ♠ 11:38
Je ne suis pas très calée question actualité & foutoir politique, mais d'après ce que j'ai entendu, Haïti c'était quand même bien le merdier avant le séisme. C'est bien joli de pleurer maintenant, pour faire genre, mais bon... De toutes façons, j'ai toujours trouvé que ce genre de clip était ridicule et malhonnête.
Par Anna l'ananas le Mardi 9 mars 2010 ♠ 11:54
Satyrikkk +1. C'est hypocrite à souhait, ouais. Ils auront mauvaise conscience 1 mois, 2 maxi, et après? L'engagement politique ne se mesure pas à la culpabilité. Haïti, c'est juste la manifestation d'un quelque chose de pourri dans le système, et ce sont des innocents qui en ont fait les frais. Ça a l'air plus marxiste que ça ne l'est, formulé comme ça... Alors oui, "c'est mal", mais "ça" ne va pas changer les choses ni la vision politique/sociale à long terme des gens. Et ça me désespère...
Par Jiminy le Mardi 9 mars 2010 ♠ 12:48
L'ananas soulève un point important : la catastrophe de Haïti semble en fait le révélateur d'une situation installée de longue date à laquelle il aurait fallu remédier bien avant.
Le séisme aurait peut-être fait moins de dégâts sur une île développée et bâtie selon des normes anti-sismiques, ce qu'un soutien international dans le développement de cet état aurait permis AVANT la catastrophe.

D'où l'hypocrisie évidente des excuses formulées.
Par Wolowizzard le Mardi 9 mars 2010 ♠ 19:03
En France, un truc m'agace. Les gens se mobilisent pour des causes comme le Tibet, les inondations en France, le Darfour, Haïti comme des dingues.....pendant 2 mois. Quand c'est médiatisé, ils s'en occupent mais après, ils n'en ont rien à faire. Pour le Tibet, je me souviens des Français scandalisés alors que la situation au Tibet dure depuis...pfiou belle lurette. Pareil pour le conflit Palestine/Israël. L'année dernière, c'était SURMEDIATISE et maintenant, combien s'en préoccupe encore? Pourtant, ce conflit date d'au moins 30 ans...
Je ne sais pas si c'est typiquement français mais c'est foutrement énervant cette hypocrisie latente.
Par Atreyu le Mardi 9 mars 2010 ♠ 20:21
Jiminy >> C'est pas "peut être" c'est sûr. Il n'y qu'à simplement faire une étude comparative entre le séisme à Haïti et le séisme au Chili. Le séisme au Chili (8,8 sur l'échelle de Richter) était sensiblement plus fort qu'à Haïti (7,3) . Combien de victimes à Haïti? 250 000 morts (+ des mutilés etc.). Combien de victimes au Chili? Il me semble que c'est 800 morts. Loin de moi l'idée de dire qu'au Chili ce sont des tapettes, mais il y a des chiffres qui ne trompent pas.
Pourquoi une telle différence, voici un extrait du Monde Diplomatique :

"Dès 1984, le FMI a obligé Port-au-Prince à libéraliser son marché. Les rares et derniers services publics furent privatisés, en privant d’accès les plus démunis. En 1970, Haïti produisait 90 % de sa consommation alimentaire ; elle en importe aujourd’hui 55 %. Le riz américain subventionné a tué la production locale. En août et septembre 2008, la flambée des prix alimentaires mondiaux fit augmenter son prix de 50 %, provoquant des émeutes de la faim. Un cataclysme naturel peut être imputé à la fatalité. La paupérisation honteuse et insupportable des populations
urbaines et rurales d’Haïti, non. "

Quelle était la situation sur place avant le séisme? Je te copie ce que j'ai posté en commentaire sur mon blog :

"Le fait est qu'à Port-Au-Prince le moindre m² est surmonté de constructions le plus souvent précaires, la densité de population y est colossale, l'urbanisation totalement anarchique cela étant sans doute en partie dû au très fort exode rural que le pays a connu du fait de la destruction de son agriculture locale entamée à la fin des années 1980. La seule capitale c'est 2 millions d'habitants et 350 bidonvilles, les sociologues appellent ça des "mega-slums" ou "méga-bidonvilles". En plus du caractère anarchique de l'urbanisation, la ville est coincée entre le littoral et les montagnes, d'un côté les bidonvilles s'érigent donc sur des ravines escarpées, friables et donc dangereuses, de l'autre les habitants sont les pieds dans l'eau, à rajouter à cela la déforestation qu'un tel étalement suggère : la forêt n'assure plus ses capacités de rétention d'eau, d'où les inondations etc."

À corriger si je me trompe quant à la situation de Port-au-Prince avant le séisme, j'ai jamais foutu les pieds là-bas personnellement.
Par Jakobson le Samedi 13 mars 2010 ♠ 19:10
Je suis d'accord avec Atreyu sur l'urbanisation anarchique qui rend Haïti plus vulnérable, mais mesurer la fragilité d'Haïti à celle du Chili est biaisé : Haïti est une île de merde sujette aux vagues, le Chili un pays de 4000 km de long construit sur un massif rocheux à 6000 m d'altitude. C'est incomparable. En outre, l'argument selon lequel la paupérisation d'Haïti aurait été organisée par le FMI me convient peu également : je n'y vois rétrospectivement que le prétexte d'un journaliste du Diplo pour critiquer le FMI dans le feu de l'action, au détriment d'un rappel honnête de l'histoire d'Haïti. La vérité est que le FMI a accordé une aide financière à Haïti en 1984 en l'échange de l'ouverture de son marché pour éviter que l'autarcie économique de l'île ne mène encore et toujours à des détournements de fonds atterrissant dans les poches de Duvalier (dictateur d'Haïti des années 50 aux années 80, période pendant laquelle Haïti a connu la pire aggravation de sa conjoncture). Il est vrai que l'ouverture du marché n'a pas amélioré la situation économique, mais ça le FMI pouvait difficilement le prévoir, et son manque de prescience est d'ailleurs son problème permanent (je suis favorable à des politiques de croissance adaptées au cas par cas, mais le Chili évoqué plus haut est en l'occurence un bon exemple de pays connaissant actuellement une excellente croissance depuis qu'il s'est mis à appliquer les recommandations du FMI - comme quoi rien n'est rédhibitoire). En fait, l'intervention du FMI est un épiphénomène dans la misère d'Haïti : on ne me fera pas croire qu'Haïti vivait heureuse avant 1984, c'est la merde depuis le milieu du XIXe siècle...

Effectivement, il y a quelque chose de pourri dans le système, à laquelle il aurait fallu remédier avant. Les fonds actuels sont nécessaires pour financer l'aide humanitaire, alors quoi : une aide antérieure aurait du exister avant mais maintenant ça ne sert plus à rien ? C'est dingue comme tout le monde entonne cette antienne dès qu'on leur demande d'agir, que ce soit après ou avant une catastrophe... Mais au fait, une aide antérieure existait déjà ! Les pays riches donnent aux pays pauvres partout dans le monde, le problème est quand l'argent arrive dans les mains de classes politiques locales qui sont corrompues. Que faire dans ces cas-là ? Demander à l'Europe et aux USA de prendre eux-mêmes en main la gestion économique de ces pays ? Bref, un retour au colonialisme ! L'ingérence n'est légitime qu'en cas d'urgence humanitaire... Et heureusement, sinon c'est du colonialisme. Faut-il laisser les dictatures du Tiers-Monde dans leur merde ? Non plus. Au fond de moi, je sais que des aides délivrées à des dictateurs ne servent à rien, et d'un autre côté, je ne suis certainement pas de ceux qui prônent une reprise en main du Tiers-Monde par les anciens pays colonisateurs. Il faut admettre que les choses ne sont pas si simples et que notre époque est enserrée dans pléthore de dilemmes de cet acabit.
Par Atreyu le Dimanche 14 mars 2010 ♠ 13:22
Jakob >> Je ne vois pas en quoi c'est si incomparable que ça, au bout d'un moment, que ce soit en montagne ou au ras de l'eau : les habitations s'écroulent sur les gens ou pas. Après je veux bien convenir que la répartition de la population est largement moins dense dans un paysage montagneux, mais quand même, on parle d'un écart tellement énorme (plus de 300 fois plus de morts à Haïti) que si la comparaison n'est pas évidente, par force elle met en évidence tout de même la plus grande vulnérabilité d'Haïti. Mais si le Chili ne convient pas on peut toujours prendre l'exemple de Cuba et des cyclones successifs qui ont ravagé la région avec le même genre d'écarts statistiques sur les destructions.

En ce qui concerne le FMI, le court article que je cite ne l'accable pas uniquement :

"A une classe politique haïtienne que menace le spectre de l’autodestruction, et qui n’est pas exempte de responsabilité dans l’état calamiteux du pays, qui donnera des leçons ? Les institutions financières internationales, qui ont retardé le processus d’annulation de la dette, en dépit des problèmes auxquels faisait déjà face la population ? Washington, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque interaméricaine de développement, etc., les pays dits « amis », qui ont cyniquement poussé à la descente aux enfers de la société haïtienne ?"

Utiliser l'exemple du FMI c'est pour moi montrer que l'aide internationale n'est pas franche, elle est toujours à double tranchant. Je trouve extrêmement cynique le fait de dire : on vous prête de l'argent mais vous ne pourrez pas choisir votre mode de production. Cela fait partie du rôle du FMI d'améliorer la gestion des finances publiques, mais à partir du moment où l'institution devient de manière systématique aussi chargée en idéologie, je ne trouve pas cela sain. Après tout, la libéralisation du marché n'est pas la seule solution pour tirer un pays de la pauvreté généralisée (je dirais même qu'elle n'est pas la solution du tout, mais on se passera de radicalisme aujourd'hui). Justement le problème du FMI c'est qu'il applique toujours les mêmes mesures sans capter que certains pays ont des problèmes non compatibles avec la concurrence qu'induisent les "ajustements structurels" demandés par le FMI en échange de la thune. Mais là-dessus on est d'accord.

Je ne considère juste pas ça comme un épiphénomène puisque pour moi, cela suit la droite ligne qu'ont toujours suivi les pays riches qui accablent Haïti depuis longtemps alors même que le pays est déjà pas gâté niveau gestion intérieure. Et si ici j'ai plus pris à parti le FMI, c'est que l'article de Lucie traite de la réaction de la communauté internationale, non de la situation intérieure.

Difficile, la situation l'est bien évidemment, c'est pourquoi il faut arrêter de déconner avec les institutions internationales qui agissent à tâtons comme des aveugles en suivant leur propre logique, car cela ne fait que compliquer les choses. Du moment qu'on n'utilise pas les institutions internationales d'aide au développement comme des bras armés de la finance, on ne peut qu'en louer l'utilité, malheureusement tous les pays ne peuvent pas se mouler sans accroches à l'idéologie dominante.
Par Lilo le Lundi 22 mars 2010 ♠ 21:07
Réaction à la chanson ESPOIR POUR HAITI

J'ai d'abord beaucoup aimé la musique, l'air, les paroles...puis j'ai réfléchi (malheureusement) sur cette chanson.

L'initiative est bonne, pour celui qui a écrit cette chanson. Mais regardez ce qu'elle est devenue!

1) Un groupe de chanteurs et autres personnes aux revenus plus que convenables, nous font culpabiliser de ne pas « réagir », de rester passif devant la souffrance d'HAITI. Mais eux, que font ils de plus que nous? J'aimerais savoir s'ils sont aller là bas? S'ils ont apporter leur aide? Parce que à part  prêter  leurs images, et chanter, quels actes ont ils fait? Qu'un médecin du monde vienne me dire que je ne suis pas engagée, qu'il est inutile de rester à se lamenter sans agir, j'écoute et je dis oui et peut être même là je culpabiliserais vraiment et assez pour passer à l'action. Mais que des chanteurs, qui ont 15 fois plus les moyens que moi de venir en aide déjà financièrement à HAITI, viennent me dire que je suis inutile...je ne vois pas d'où leur vient cette autorité, cette expérience du terrain!
2) Bon passons sur cette culpabilité mal pensée! Mais regardons qu'elle est le but de cette chanson? Doit on acheter le CD pour que des sous soient reversés à une association qui vient en aide à Haiti? Est ce ça donc agir? Est ce ça que l'on attend de nous dans cette chanson? Que l'on donne nos tunes pour une association? Et après? On se frotte les mains en se disant qu'on a fait une bonne action? Cela ne suit toujours pas les idées de la chanson il me semble. Donc on nous prône un passage à l'acte, mais ce qui est mis en place est justement un système qui nous permet de déculpabiliser tranquillement, sans toujours bouger de notre canapé!


Cette chanson qui devait être, je pense, un cri de protestation devant notre passivité collective, est donc finalement devenu un simple produit de consommation! Cette chanson qui devait faire passer un message, qui devait pousser à réagir, vous en avez fait ainsi une simple chanson, qu'au mieux on achètera en single, qu'au pire on télécharge illégalement. Dans tous les cas Haiti on s'en lave les mains! C'est pourquoi j'affiche mon indignation devant une telle bourde !!!!
Et à ceux qui oseront me dire «  oui mais les restos du coeur ou autres associations, ils font tous pareil » je leur dirais que eux, au moins, ne te blâme pas. On peut dénoncer la plupart des choses sans culpabiliser tout le monde, surtout quand soi même on fait pas mieux!
 

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