Quoi que nous fassions et qui que nous soyons, nous balayons toujours devant la porte de notre voisin avant la nôtre. Nous pouvons être la personne la plus altruiste et la plus droite qui soit, nous avons forcément un jour des ratés en passant du côté obscur de la force. C'est seulement grâce au temps qui passe que nous nous rendons compte de nos fail. Je me suis assez souvent moquée de mon amie Noémie qui écoutait et adorait Rihanna alors qu'elle était pourtant convertie au bon gros metal qui tâche. Et moi, j'aime
Britney Spears depuis mes 13 ans. Je vous préviens tout de suite, j'ai carrément l'impression de me confesser. Mais à l'heure où je sais que musicalement parlant, je ne suis pas du tout prise au sérieux par mes connaissances, j'assume pourtant pleinement
(il le faut, c'est vital).
Britney a maintenant 29 ans, est mère de deux charmants jeunes garçons, toujours rehaussée d'un blond californien et a toujours les cuisses potelées. Elle a sorti en mars dernier son septième album, ce qui commence à faire, vous en conviendrez. Personnellement, j'ai plus été marquée par
Baby One More Time sorti en 1999 et
Oops ! I Did It Again l'année d'après. Je n'irais pas jusqu'à parler d'héroïsme mais à l'époque, elle me faisait de l'effet. Il faut dire que j'avais alors 13-14 ans. Cette année, c'est
Femme Fatale qui fait un carton
(apparemment) mais tout ce qui s'est passé entre temps ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

Ce soir, m'abstenant d'une soirée entre amis puisque la crève me guette à mon tour, j'ai écouté
Femme Fatale deux fois de suite. Je n'ai pourtant pas de fièvre mais à l'instar de ces moments où on a envie de regarder une comédie potache pour ne pas réfléchir, j'ai voulu écouter quelque chose de pas trop compliqué, de mélodique et de pimpant. Je pense sérieusement que ces trois termes conviennent parfaitement à cet album. J'ai de l'affection pour Britney Spears et j'ai éprouvé beaucoup de pitié et de tristesse quand elle a sombré dans les méandres de la bassesse que la célébrité peut engendrer. Si, vraiment. J'ai été très contente quand elle a repris le dessus en envoyant bouler ses détracteurs.
Femme Fatale, troisième album post dépression, est
à la fois nul et brillant. Oui, oui, c'est tout à fait possible.
Nul parce que Britney Spears doit arrêter de porter des jupettes pailletées, d'arborer un air mutin et une chevelure blonde pisse, de prendre cette petite voix régressive et ce tic avec sa langue qui m'énerve au possible. J'ai du mal à comprendre la concordance entre cet aspect de femme-enfant qui ne lui va plus du tout et le titre de son album. Non, Britney, tu n'es pas une femme fatale, même si toutes tes chansons parlent d'amour et surtout de sexe. Les textes sont toujours aussi badant car pauvres et rien que pour cela je suis contente qu'elle soit anglophone pour nous permettre à nous, non-anglophones
(mais ça va, je comprends l'anglais quand même un minimum) de débrancher notre cerveau le temps de 16 chansons.
Brillant parce que cet album est hyper efficace. Hyper efficace parce qu'ultra arrangé. Vous me direz, ça peut vite virer dans le pathos musical cette histoire, mais je vous répondrais qu'il y a ici juste ce qu'il faut où il faut. Parmi ses 16 titres, l'album est éclectique. La ligne conductrice est bien entendu toujours pop et électro mais ça vire parfois aux intonations trip-hop et parfois un poil hip-hop. A ce jour, on a déjà eu droit à 4 singles :
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Hold It Against Me : premier single mais deuxième titre de l'album, lisez peut-être le paragraphe suivant avant celui-là, ce sera peut-être plus logique, je n'en sais rien. En même temps, les deux morceaux se ressemblent beaucoup. Je pense que c'est pour bien appuyer l'efficacité des boom-boom et creuser des fondations plutôt solides. Il y a six mois, je vous avais fait
une petite comparaison entre Britney, Lady Gaga et Katy Perry. Elle est toujours d'actualité, là n'est pas la question, mais je ne sais plus si je vous avais dit que j'aimais bien
le clip de
Hold It Against Me. Bien que futuriste et tuyauté de partout, je le trouve très esthétique. Surtout au moment du pont, avec toutes ces couleurs qui jaillissent de partout et la joute entre Britney et son ego
(ou son ancienne elle-même ? La belle analyse que voilà...). Que voulez-vous, je suis quelqu'un de sensible.
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Till The World Ends : chanson d'entrée, autant dire qu'elle place tout de suite les bases de l'album. C'est un titre pour clubbeuses spécialistes des soirées mousse de la boîte du coin. On chausse ses talons de douze et on saute pendant 3.58 minutes. Vous ne me verrez jamais
plus dans une discothèque
(même plus pour faire plaisir à mes meilleurs amis) mais pourtant je saute quand même volontiers. Je ne sais que vous dire de plus, c'est simplement efficace : "
C'mon get me, get me on the floor, DJ what you're, what you're waiting for ?". Ah ce n'est pas du Jean-Louis Murat, on est d'accord mais je vous avais prévenus. Cela dit, moi quand j'entends "
Keep on dancing till the world ends", ça me donne un message d'espoir et j'ai envie de m'abandonner aux percussions de la boîte à rythme et du synthé le plus bigarré qui soit.
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I Wanna Go : quatrième morceau de l'album et sans doute celui qui m'a le plus fait tiquer quant au ridicule de sa situation, à Britney. Bon, j'exagère un poil mais quand on regarde
le clip et qu'on décide de juger sur une première lecture, et bien on ne peut pas s'empêcher de se dire qu'à 29 ans, on ne montre plus son soutien-gorge et on arrête les mèches roses dans les cheveux. Toutefois, madame a de l'humour et arrive à placer plusieurs fois quelques petits "
fuck you"
(c'est censuré, bien sûr, nous sommes aux Etats-Unis quand même) aux journalistes qui lui posent des questions. L'ère générale se veut humoristique d'autant que c'est une chanson libératrice puisqu'il s'agit certainement là d'un nouveau texte en réponse aux merdes passées, alors autant le faire avec auto-dérision. Si j'ai parfois un peu de mal avec son côté sale gamine et sa tenue vestimentaire d'écolière rebelle des années 90, je dénote avec plaisir l'absurdité rigolote du clip qui est, je pense voulue. C'est con, ça mériterait d'être plus creusé et plus subtil.
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Criminal : dernier titre si on ne compte pas les quatre chansons bonus. On l'entend un peu tout le temps et partout depuis quelques semaines et elle change un peu du reste. La faute à cet ersatz de flûte qui amène en réalité un sample de... ? De ?
Ecoutez Criminal (attention, selon YouTube il faut avoir plus de 18 ans parce que le clip est olé-olé)... ça y est ? Maintenant, écoutez
ça (écoutez juste, ne regardez pas, la vidéo est nulle)... voilà, vous y êtes, Britney Spears a samplé
The Logical Song de Supertramp. Enfin ce n'est pas un vrai sample mais c'est tout comme et dans la vie, je suis un peu une anti-samples. Même s'il faut aussi prêter l'oreille un peu plus attentivement que d'autres fois, c'est le genre de truc qui m'énerve et me déçoit. D'autant plus parce qu'ici, c'est sournois et pas très fairplay. Malgré tout, j'aime quand même bien cette chanson parce que ça me rappelle quand j'avais 14 ans et que je badais sur des chansons un peu tristes. La jolie blonde est amoureuse d'un bad boy plutôt beau gosse et ça s'inspire de
21 Guns de Green Day pour tout faire péter à la fin, c'est... so teenager.
Je pensais dépouiller chaque chanson de l'album et je crois que c'est finalement inutile, déjà que cet article est fort long, je risque de vous ennuyer davantage. D'un point de vue général, les arrangements sont plutôt bons et malgré tout originaux. Il est évident que Britney est sur-assistée en plus d'être très bien entourée : elle traîne les mêmes producteurs depuis 1999 et s'est offert cette fois-ci la collaboration de Will.I.Am, avec lequel elle chante en duo sur
Big Fat Bass. J'ai franchement du mal à l'imaginer faire des prouesses vocales, ce n'est de toute façon pas ce qu'on lui demande. Je préfère ne pas oser penser au carnage que cela doit être en concert mais je me plais à l'envisager affublée de bons musiciens qui rendraient ses shows un peu rock'n'roll. Autotune et autres pitchs sont bien présents pour nous enfermer dans le cocon pop-électro duquel on ne peut pas s'échapper mais il paraît que c'est tendance. Il faut dire que c'est pas trop mal dosé
(je n'aurais jamais cru dire ça un jour) et toujours bien placé alors forcément, ça fait son petit effet. Les rythmes sont très appuyés, donnant une armature solide aux chansons et ce côté propret que ma psychorigidité affectionne. Une certaine mélancolie se dégage de quelques morceaux, tant dans les textes que dans les mélodies, et ça ne m'étonne pas, Britney aime bien faire pleurer dans les chaumières, un peu. Elle
(enfin elle... ceux qui bossent pour elle en fait) nous offre une instrumentation plus lourde bien que sûrement factice
(merci les synthés) et ça se ressent dans la dernière chanson de l'album version Deluxe,
Don't Keep Me Waiting. Mais pourquoi un seul morceau et le dernier qui plus est, grands dieux ?! C'est dommaaaage...
(ce sont mes goûts personnels qui parlent). Allez, allez, arrêtons un petit peu de nous lamenter. Il ne manque pas grand chose à ce disque pour être excellent. Courage Britney, tu y es presque !
