
Vous savez, parfois je me dis que la mode
Twilight a peut-être du bon. En 1997 est sorti le film devenu culte
Titanic et, peut-être que les plus jeunes d'entre vous ne s'en souviennent pas, le succès a été tel que Leonardo DiCaprio était la coqueluche de toutes les jeunes filles. Moi même, j'avais des posters sur tous les murs de ma chambre et je ne rêvais que de lui. Quand j'ai fêté mon onzième anniversaire, mes copines m'avaient offert sa biographie et j'étais tellement heureuse ! J'ai tenté de regarder un maximum de ses films et, à l'époque, ce n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui, on ne téléchargeait pas autant. Donc j'attendais que les films passent à la télé pour les enregistrer sur VHS. De toute façon,
Titanic a été une telle réussite que les chaînes hertziennes
(la TNT n'existait pas encore, jeune Padawan !) diffusait toute la filmo de DiCaprio en masse. Mais James Cameron a eu le nez fin car il m'a permis de m'intéresser à l'histoire du bateau et de tout ce qu'il y avait autour. Déjà à l'époque j'étais férue d'Histoire et j'ai dévoré moult livres et témoignages sur le sujet. Vous pouviez me poser n'importe quelle question, j'étais incollable !
J'ai l'espoir qu'avec
Twilight, c'est une nouvelle génération d'intéressés qui sort de son cocon. Ca ne concerne pas une majorité des pré-ados, soyons réalistes, mais tout de même, j'imagine que les jeunes amoureuses de Robert Pattinson ont envie de dépasser le phénomène, de repousser les limites et de se renseigner sur des tas de choses, les vampires : pourquoi ? Comment ? Qui ? Où ? Et pourtant quelques mots clefs brefs et barbares à développer bien sûr : Dracula, Vlad Tepes, Bram Stoker, mythes, légendes et croyances populaires.
Winona Ryder et Gary Oldman pour le film de Francis Ford Coppola (1992).
Jamais je ne m'auto-proclamerai experte en la matière mais je dois dire que je connais bien mon sujet. J'ai découvert Dracula de Bram Stoker à l'âge de 13 ans au CDI de mon collège. J'étais toujours fourrée au rayon science-fiction qui, en réalité, mêlait la science-fiction et le fantastique. Je n'ai jamais trop aimé la science-fiction, non moi c'était Edgar Allan Poe, Anne Shelley, j'en passe et des meilleurs ; j'ai toujours eu cette attirance pour ce type de lecture et je me suis enquillé quelques grands classiques du XIXe siècle sans véritable raison apparente, ça m'intéressait seulement énormément (mais je détestais toujours les lectures imposées par les profs, vive l'esprit de contradiction). Qu'on se le dise, ça ne m'empêchait pas non plus de dévorer en parallèle les Tom-Tom et Nana dans la collection J'aime lire ! Oh ! On n'est pas des bêtes !
Dracula et moi, ce fut une grande histoire d'amour qui débuta. A ce jour, je l'ai lu cinq fois et je m'apprête à le faire une sixième... comme si je n'avais que ça à lire ! Arrivée en troisième, je faisais de l'audio-visuel et outre le fait que nous ayons tourné un court-métrage tout au long de l'année scolaire, notre prof nous emmenait parfois dans un cinéma de quartier voir des supers films en version originale. Quand il y a eu au programme Bram Stoker's Dracula de Francis Ford Coppola, j'étais aux anges ! C'était la première fois pour moi que je pouvais le voir en VOST parce que je n'avais pu le voir qu'en VF, la faute à la télévision. Je me souviens d'ailleurs très bien que c'est grâce à ma mère que j'ai pu le voir la première fois, elle l'avait enregistré alors qu'il passait tard un soir et que je n'avais pas encore le droit de me coucher après 22h. Elle s'était dit que ça pourrait m'intéresser étant donné que j'étais en pleine période de boulimie stokerienne. Elle ne s'est pas trompée ! Je n'ai pas vu toutes les adaptations de Dracula car il en existe un nombre incalculable (versions plus ou moins inspirées et d'autres complètement inventées) mais de toutes celles que j'ai visionnées, l'adaptation de Coppola reste pour moi la meilleure. Elle date de 1992 et on y retrouve Gary Oldman dans le rôle de Dracula, Keanu Reeves en Jonathan Harker, Winona Ryder en Mina Murray, Anthony Hopkins en Van Helsing et le génialissime Tom Waits dans le rôle de Renfield. D'ailleurs, mon pseudo Lucy Westenra vient de cette même histoire. Bien entendu, ce film n'a pas la même ligne directrice que le bouquin. Le fait est que dans ce dernier, Dracula n'existe que par les propos des autres protagonistes, le roman étant exclusivement composé de lettres et d'extraits de journaux intimes. Je pense que c'est assez difficile de rendre cette perspective à l'image, voilà pourquoi dans la version de Coppola, Dracula nous apparaît comme un être meurtri dont on a facilement pitié alors qu'il est affreux, laid et sanguinaire dans le livre de Stoker. Dans le fond, est-ce si grave ? J'ai pu lire par ci, par là que le film de Coppola était une sombre bouse... Je crois que les gens établissant ce type de critique n'ont pas lu le livre ni vu le film avec attention, ou bien ils ont un sens de la poésie au ras du noyau de notre planète. Je ne forcerai jamais personne à l'aimer mais tout de même, un minimum de culture, que diable ! Surtout de la part de crétins qui n'étaient même pas nés quand le film est sorti mais soit, ne tombons pas dans le hors sujet.
Bram Stoker (1847-1912) et Vlad Tepes qui festoie avec ses potes.
Abraham Stoker Jr était un écrivain irlandais un peu casanier qui fréquentait la famille d'Oscar Wilde (la mère de celui-ci avait d'ailleurs pour pseudo Feather of Speranza, n'est-ce pas poétique ?). Il a écrit Dracula en 1897, la littérature gothique était en large essor, le fantastique et l'horreur étant aussi populaires à l'époque que Michael Jackson à sa mort l'année dernière. L'écriture lui a pris plusieurs années et ça s'est d'ailleurs apparenté à une véritable étude ethnologique puisque sans même se déplacer en Europe de l'Est, Stoker s'est fait aidé de spécialistes en la matière et s'est basé sur les légendes populaires qui entouraient le mythe du vampire ainsi que sur la vie de plusieurs personnages historiques qui ont défrayé la chronique à leur époque. Le plus célèbre est cet homme sanguinaire sans foi ni loi qui a vécu au XVe siècle, Vladislav Basarab Tepes ou Vlad l'empaleur, voïvode valach né en Transylvanie (la Valachie et la Transylvanie étant alors deux provinces du royaume hongrois) qui vécu un passé fort dégueulasse et se vengea des abominables Turcs lui ayant fait la misère pendant sa jeunesse en les empalant comme des sagouins. Ouais, c'était très convivial. Je ne vais cependant pas vous refaire la biographie du mec parce que ça risquerait peut-être d'ennuyer une partie d'entre vous alors je vous renvoie à l'excellent ouvrage de Matei Cazacu aux éditions Tallandier. J'ai eu l'occasion de le lire il y a quelques années et au moins vous aurez un point de vue roumain. Toujours est-il que pour l'anecdote, Vlad Tepes (IIIe du nom) était aussi appelé Vlad Dracula tandis que son père était Vlad Dracul (IIe du nom), Dracul signifiant le diable ou le dragon et Dracula, le fils du diable ou le fils du dragon. Un peu comme on peut voir un Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg ou un certain Roi Soleil chez nous, les dirigeants se prennent rarement pour de la merde. Soit ! Je vous épargne aussi la célèbre histoire d'Erzsébet Bathory que toutes les gothopouffs de France et de Navarre (et d'ailleurs, sans doute) ont pris pour modèle. Mais enfin tout est une histoire de sang et de tueries spectaculaires.
Enfin, en ce qui concerne le vampire pur et dur, c'est une chimère qui a tellement d'interprétations possibles... Selon moi, il n'y a pas de vrai vampire et je crois que personne ne peut se targuer de connaître la véritable définition du vampire étant donné qu'il n'a pas les mêmes attributs et faiblesses en fonction des pays dans lesquels on parle de lui. Cependant, nous savons qu'à la base il s'agit d'un non-mort qui suce le sang des gens et les croyances vont bon train depuis que l'humanité a sombré dans une inculture de masse (la faute à l'Eglise) au Moyen-Âge (d'où la terrible mauvaise réputation de cette époque en ce qui concerne la culture alors qu'en réalité, si vous étiez homme d'église ou étudiant, vous saviez tant de choses !). A tel point qu'on pensait que si quelqu'un n'était pas enterré avec les derniers sacrements, il y avait de fortes chances pour qu'il revienne se venger (je vous résume). Mais nous étions encore assez éloigné du vampire à proprement parler et il faut attendre le début de la Renaissance (c'est d'ailleurs étonnant pour un Âge d'Or) pour que naissent en Europe centrale et dans les Balkans les mythes les plus fous. Cela dit, il n'y a pas de fumée sans feu et tout ceci est encore la faute à la peste. Oui, quand la peste sévissait, on brûlait et on enterrait au plus vite mais dans la précipitation, on oubliait parfois de vérifier si le cadavre en était bien un. C'est pour ça qu'on a dû se retrouver avec quelques surprises ou autres cas plus ou moins rationnels. Bref, les gens croyaient tellement dur comme fer que n'importe qui pouvait se transformer en vampire qu'on enterrait les corps avec une pierre dans la bouche pour éviter de les entendre mâcher une fois réveillés mais surtout de s'auto-bouffer.
Toutefois, il faut attendre le Siècle des Lumières et la rationalisation ambiante pour s'apercevoir qu'on avait encore pris les gens pour des cons. Et pourtant... c'est à ce moment que le mythe est devenu plus célèbre encore et que les gens ont pété des gros câbles. Il était alors facile de repérer un vampire : sourcils d'Emmanuel Chain, mains poilues, pas de reflet dans le miroir, pas d'ombre mais des dents superbes avec des canines bizarrement sur-développées. Pour buter ces créatures de Satan, rien de plus simple : un pieu en bois de tremble de Russie car c'est le bois de la sainte Croix ou alors d'aubépine car c'est celui de la couronne d'épines du Christ, ou encore un poignard béni à planter en plein coeur. On lui coupe ensuite la tête et on brûle le tout, regardez Van Helsing, il le fait très bien.
Max Schreck dans Nosferatu de Murnau (1922).
Après, on dira ce qu'on veut : Gary Oldman et Brad Pitt sortent en plein jour mais leurs pouvoirs sont affaiblis, Robert Pattinson brille comme tous les lustres de l'Ermitage réunis dès qu'il y a un tant soit peu de soleil, Max Schreck a les doigts crochus et Kate Beckinsale ne peut pas saquer les lycans. Aujourd'hui, le vampire on en fait un peu ce qu'on veut et on le tourne parfois même en dérision. Dans le fond, ce n'est pas si grave, les légendes ne sont-elles pas, en réalité, de vulgaires mutations d'ouïe-dires et autres histoires orales ? Avant Christophe Colomb, on pensait bien que la terre était plate !
Tout ceci pour dire que depuis le début du phénomène Twilight, j'ai pu lire des choses plus ou moins atroces concernant les vampires et ça n'avait pourtant rien de sanglant. J'ai même pleuré, une fois, en tombant sur des articles de blogs pitoyables. Parfois, ce n'est même pas la candeur de la jeunesse qui est en cause et c'est le plus triste. En réalité, et comme beaucoup je pense, je ne supporte pas de voir des idiots qui ne savent pas de quoi ils parlent ou qui ne prennent pas le temps de se renseigner avant d'établir un fait. Soyons d'accord : le vampire littéraire et cinématographique d'aujourd'hui a une base, c'est
Dracula de Bram Stoker. Sans ce merveilleux ouvrage, le vampire ne serait peut-être pas ce qu'il est aujourd'hui.
Il existe un florilège de bouquins sur le sujet mais je ne saurais que trop vous conseiller de commencer par celui de Stoker
(qui intègre le chapitre L'invité de Dracula, attention à cela !) et après, vous pourrez lire le fraîchement paru
Dracula l'immortel, suite écrite par Dacre Stoker, descendant du géant. Je pars du principe qu'il faut toujours commencer par connaître ses classiques !
